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Un engouement populaire pour les combats de gladiateurs
Très rapidement, les combats de gladiateurs s'imposèrent comme le spectacle favori des romains. Dès 164 avant Jésus Christ, les théâtres furent désertés au profit des combats. L'engouement des romains pour ces confrontations était tel que les hommes politiques l'instrumentalisèrent pour mieux asseoir leur pouvoir. La double dimension, politique et festive, de ces jeux contribua largement à faire oublier le caractère religieux, de ce que l'on appelait autrefois les numera.
Origine

A l'origine, un munus ou combat de gladiateur, était un rite funéraire visant à apaiser l'esprit d'un défunt en versant le sang humain, la primeur de cette cérémonie funèbre est attribuée aux Etrusques. Sous l'Empire, ces sacrifices étaient déjà intégrés aux Jeux, au même titre que les courses de chevaux, ou les représentations théâtrales. Il est vrai que pour les romains, les jeux étaient une manifestation de la piété populaire aussi importante que les processions ou les sacrifices ; la dimension spectaculaire de ces rassemblements de masse ne contredisait donc pas forcément leurs caractères religieux, on sait pourtant qu'au fil du temps, le caractère festif de ces manifestations occulta l'aspect religieux.
Les combats et la politique
Dès le I siècle avant notre ère, les candidats à la magistrature jouèrent du goût populaire pour les combats et en firent u
ne véritable arme politique ; les hommes politiques cherchaient à gagner des suffrages, en offrant à leurs concitoyens les jeux qu'ils aimaient tant. Afin d'endiguer cette « propagande » un peu facile et très coûteuse, une loi de 63 avant Jésus Christ cassa même les élections des magistrats qui avaient financé des munera sur les deux années précédents le scrutin. Par la suite, les monarques et aspirants à la monarchie surent jouer de ce goût pour conquérir la plèbe : Pompée multiplia les manifestations de ce type tandis que César renouvela leur luxe. Sous Auguste, l'organisation des munera ne fut pratiquement plus que le privilège de l'empereur, conscient que l'attribution de ces festivités rehaussait son prestige.
C'est d'ailleurs à cette époque que l'Urbs se dota de son premier amphithéâtre permanent. Notons d'ailleurs que les empereurs qui se succédèrent - loin de goûter particulièrement ces jeux, qu'ils jugeaient sans doute cruels - cherchèrent à ramener le peuple romain vers des divertissements un peu moins sanguinaires. Auguste tenta d'imposer des jeux grecs, comme la lutte. Néron, pourtant plutôt réputé pour sa cruauté, chercha à distraire la plèbe des combats de gladiateurs par l'organisation des Neronia, composées d'épreuves d'endurance physique, des concours de poésie, de chant!Ces tentatives d'hellénisation furent en faite des échecs ; Rome aimait trop ses combats.
Le seul empereur qui su faire adopter un peu plus durablement les jeux à la grecque fut Domitien. En faite, aucune de ces vogues éphémères ne réussit à venir à bout des opinions négatives qui entouraient les jeux helléniques. Curieusement, les élites ne furent pas les dernières à décrier ces nouveaux divertissements qu'elles jugeaient immoraux, contrairement aux combats de gladiateurs, dans lesquels elles voyaient un moyen de donner un exemple de combativité et de courage aux foules. On peut donc affirmer que les empereurs se soumirent au goût de leur peuple afin de mieux régner ; ils ne cessèrent pourtant de chercher à humaniser ces combats : Hadrien interdit d'incorporer des esclaves aux troupes de gladiateurs sans avoir obtenu leurs consentement ; Titus, Trajan et Marc Aurèle favorisèrent les simulations de combats.
Organisation des combats
La satisfaction du peuple nécessitait de grands talents d'organisation, autour des combats de gladiateurs se développa donc une véritable industrie. Dans chaque province, les magistrats chargés d'organiser des munera s'adressaient à des entrepreneurs spécialisés : les Lanistae. Ces industriels baillaient au meilleur prix une troupe de gladiateur, qu'il entretenait de ses deniers. Les Lanistae recrutaient leurs gladiateurs aussi bien chez les esclaves – qui voyaient là une possibilité de s'affranchir-, que chez les hommes libres, alléchés par la gloire et les récompenses que donnaient les victoires. Les termes des contrats étaient pourtant très contraignants ; en rentrant dans une troupe de gladiateurs, chaque individu abandonnait tous ses droits à son employeur. A Rome, la profession de bailleur de troupe n'existait pas, confisquée par l'empereur qui l'exerçait par des intermédiaires ; les gladiateurs de l'Urbs étaient donc des fonctionnaires, logés dans des bâtiments officiels : le Ludus magnus et le Ludus matutinus.
Les gladiateurs
Les gladiateurs étaient partagés en plusieurs catégories, répartis selon les aptitudes physiques de chacun. Le Samnite – qui est la plus ancienne forme de gladiature -, était armé d'un casque, d'un long bouclier, d'une jambière et d'une épée. Ce type de combattant est par la suite divisé entre les Sécutores opposés aux Rétiaires et les Oplomachi opposés aux Thraces. Alors que les Rétiaires et les Thraces étaient faiblement armés – les premiers d'un protège-bas, d'un ceinturon, d'un trident et d'un filet ; les seconds d'un petit bouclier rond, d'un casque, de deux jambières, et d'un sabre court – leurs opposants étaient alourdis par leurs armures mais bénéficiaient d'une meilleure protection. Comme les numera s'étendaient parfois sur une journée entière, il était nécessaire de varier les aspects du spectacle ; aussi, les gladiateurs étaient ils entraînés à lutter sur la terre (avec des fauves comme avec des hommes), et sous l'eau pour les naumachies.
Certains gladiateurs pouvaient remporter de très nombreuses victoires, l'un d'entre eux en comptabilise 50, cependant la plupart mourraient jeunes. Chacun d'entre eux avait un surnom qui l'accompagnait jusqu'à se mort, Fulgur (rapide comme l'éclair), Ursius (qui à la force de l'ours)! Les gladiateurs n'étaient libérés de leurs contrats avec leur Lanistae qu'une fois après avoir reçu le nudis, c'est-à-dire un sabre de bois qui signifiait la libération. Malgré la fascination que les combattants pouvaient exercer sur les foules, ils avaient une très mauvaise réputation et il leur était difficile de rompre avec la gladiature ; si certains d'entre eux, les meilleurs, étaient parfois recrutés comme garde du corps, beaucoup préféraient se réengager, l'un d'eux, qui avait pourtant remporté quatre palmes, se réengagea quatre fois.
Les combats et la socièté romaine
Les combats avaient normalement lieu en fin de journée - la matinée étant consacrée aux exécutions de criminels -, à cette occasion les gladiateurs étaient conduits en grande pompe de leurs casernes au Colisée, arrivés à l'amphithéâtre, ils défilaient ensuite dans l'arène et d'arrêtaient sous la loge de l'empereur pour lui adresser une acclamation : « Ave imperator, m
orituri te salutant ». Commençait enfin les séries de duels. Pour mieux divertir les foules, les assemblages de combattants se teintaient parfois d'un curieux exotisme, le munus de 90, organisé par l'empereur Domitien, faisait s'affronter une femme et un nain.
Ces duels se déroulaient dans une ambiance survoltée, chaque combat était ouvert par un orchestre et donnait lieu à de nombreux paris, chaque coup donné ou reçu était ponctué par les acclamations et observation de la foule : « habet ! » (Il en a), « verbera ! » (Frappe), « iugula ! » (Égorge), « ure ! » (Brûle le). Parfois les combats se concluaient par un match nul, les deux périssant ou au contraire survivant – mais en assez mauvais état. Cependant, le plus souvent il y avait bien un vainqueur, et son adversaire ne mourrait que rarement sur le coup, blessé, il préférait demander grâce ; pour ce faire, il déposait son arme, s'étendait sur le dos puis levait sa main gauche.
Il appartenait au vainqueur de décider de la vie ou de la mort de son opposant ; l'épitaphe d'un gladiateur, tué par un adversaire auquel il avait fait grâce quelques combats plus tôt, met en garde ses confrères : « Que mon sort soit un avertissement, pas de quartier pour les vaincus, quels qu'ils soient ». En fait, la plupart du temps le vainqueur abdiquait son droit au profit de l'empereur qui lui-même interrogeait la foule : si le perdant s'était tout de même bien battu elle lui criait « mitte ! » (Renvoie-le), en levant le pouce vers le haut, et le gladiateur ressortait vivant de l'arène ; si au contraire il avait déplu le public baissait le pouce en criant au vainqueur « iugula !» (Égorge), et le vainqueur égorgeait. Sa victoire était ensuite récompensée ; officiellement par des plats d'argent chargés d'or et de cadeaux précieux ; officieusement par les faveurs des romaines, toutes émoustillées de ces exploits.
Disparition des jeux
Le fait que les combats de gladiateurs aient eu une origine religieuse, explique sans doute qu'ils aient été très peu critiqués. Les premières polémiques à leur sujet, arrivent avec le développement du Christianisme. Mais si effectivement certains chrétiens ont protesté contre la lubricité et la dégénérescence de ces jeux, tandis que d'autres argumentaient qu'ils détournaient l'Homme de la recherche de son salut ; ce n'est pourtant pas la doctrine professée par les Evangiles qui entraîna la fin des munera, mais bien plutôt des raisons économiques. Ce n'est qu'en 404 que l'édit d'Honorius supprima les munera d'Occident, soit un siècle plus tard qu'en Orient.
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