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photo de Remi Une soirée a Sukhotai

par Remi le 04 janv. 10 à 16h51 0 commentaire(s)


Comment boire des bières et refaire le monde en compagnie de deux Anglais, un Allemand, un Japonais et un Thai d'origine indienne


Belle soirée que celle d'hier où, à la terrasse de ma guesthouse, je m'incruste poliment à la table de deux Anglais (Gary - 62 ans et John - 81 ans!!!) qui descendent bières sur bières en fumant des cigarettes.
J'apprends rapidement que ces deux gentlemen bourlingueurs sont installés a sukhotai de manière permanente (avec des 'Ladies' locales). John a voyagé dans le monde entier et a été à Paris dans les Fifties (il connut Montmartre, les Champs Elysees, et son sourire malicieux en dit long sur ses souvenirs de 400 coups...), et il n'a pas remis les pieds au Royaume Uni depuis 1978, autrement dit avant l'arrivée de Thatcher... Il n'y reviendra jamais, du moins tant que les backchiches dont il arrose les fonctionnaires Thais afin de renouveler son visa annuel fonctionneront: j'ai bon espoir pour lui...

Après m'avoir fait quelques blagues (les Anglais ont decidement le meilleur 'humor' du monde) et vanté les qualités et attributs des femmes Thais (dont au passage, dixit Gary, aucune Anglaise n'est dotés), nous dérivons, comme dans toute bonne discussion arrosée, sur des sujets aussi sérieux que l' histoire de la Thailande, les guerres de religion, la construction européenne, la guerre en Irak, la démocratie athénienne... Ne manquaient au tableau que quelques sujets du même acabit, et c'est Ambroise, un Allemand de 42 ans, tout juste rentré de chez sa jeune conquête thaïlandaise, qui nous les apporta sur un plateau en se joignant a son tour à la partie.
Il nous perr;it d'évoquer des sujets aussi funs que le communisme en RDA et bien entendu la seconde guerre mondiale, au sujet de laquelle nos deux Anglais nostalgiques de l'ex-empire britannique disloqué après la seconde guerre mondiale, conséquence de la banqueroute économique dans laquelle fut plongé le pays, ont ce mot savoureux: 'We won the war, but we lost the peace'. Arrive alors un jeune japonais au look tout droit sorti d'un manga, très gentil et un peu perdu, que nous intégrons à notre groupe, mais qui en dépit de ses efforts certains, ne parvient pas à comprendre suffisament l'Anglais pour prendre sa part d'envolées lyriques.
Quel dommage, car nous aurions encore pu évoquer des sujets légers tels que les conditions de la capitulation japonaise en 1945 ou le massacre de Nankin...

Bref, après avoir éculé de nombreux autres thèmes, en buvant force bières Singha et Leo (de bonnes bières thais), nous nous sommes finalement retrouvé en tête à tête avec John (je n'oublie pas Daniel, le patron très sympathique de l'établissement, Indien marié à une Thai). J'ai observé quelques instants une dernière fois ce vieillard heureux, qui en dépit de son âge et de sa consommation phénoménale de bières et de cigarettes, garde un sourire et une forme étonnante. Lorsqu'il s'est enfin décidé à rentrer chez lui, 200m plus loin, Daniel et moi avons regardé ce Papy qui s'eloignait en titubant pour vérifier qu'il ne trébuchait pas.
Daniel m'a alors confié: 'tu sais, je suis l'un des seuls dans le village à tenir à lui. Sa femme et ses beaux-fils n'attendent que sa mort, pour se répartir l'héritage.
Ce sont sur ces paroles definitives, qui tranchaient lourdement avec cette soirée joviale, que je suis rentré, pensif et alcoolisé, à  mon tour me coucher...